Colloque environnement chimique, obésité et diabète

Rédigé le 5 avril 2013 – mis à jour le 25-Avr-2013

Image du Monde du 10 avril 2013


Le jeudi 4 avril, j’ai assisté au colloque « Environnement chimique, obésité et diabète » à l’Assemblée Nationale organisé par le RES (Réseau Environnement et Santé) et la Mutualité Française, en présence de Gérard Bapt, député promoteur de la loi qui va interdire le bisphénol A. On y a parlé beaucoup d’obésité et de ses déterminismes d’un point de vue santé. Je présente ici un compte-rendu partiel auquel j’ai ajouté d’autres notes recueillies depuis.

Le bisphénol A a été l’objet de beaucoup d’attention, il y a tellement de données pour qu’il soit banni définitivement au 1er janvier 2015 (et dès 2013 pour les enfants de moins de 3 ans). Les preuves s’accumulent pour bannir cette substance selon le rapport de l’Anses (Benkimoun and Foucart 2013). On a même l’impression que c’est un chant du cygne et que l’industrie chimique a abandonné le combat. La mutualité s’intéresse à ces problèmes de perturbateurs endocriniens d’un point de vue prévention, en effet les facteurs environnementaux entraînent de plus en plus de maladies comme l’asthme et cela coûte très cher. Les perturbateurs endocriniens commencent aussi à être pris en compte. On a eu des exposés très intéressants sur la lutte contre la pollution dans les établissements de santé, le développement des écolo-crèches, la formation des éco-infirmiers, les conseils pour les femmes enceintes et la prévention contre la pollution atmosphérique dans la région Nord-Pas-de-Calais avec l’APPA (Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique). Les établissements de santé (sens large) modernes sont de véritables concentrés de polluants comme le formaldéhyde ; il y a des milliers de données qui ne peuvent être publiées car les personnels exerceraient leur droit de retrait. Tout est jetable et en plastique : c’est ainsi que les prématurés sont 1000 fois plus imprégnés en phtalates que les adultes. Certaines cliniques ont réussi à utiliser 90% des matériels jetables sans phtalates. Dans tous les lieux publics (crèches, cantines, hôpitaux, etc..) on nettoie partout à outrance avec tous les « cides » possibles, ce qui coûte une fortune et est dangereux pour les personnels.. Des établissements commencent à envisager une démarche de qualité développement durable avec succès. Heureusement la société civile commence à évoluer et exercer des pressions. C'est ainsi que des sites de consommateurs informent sur les additifs des produits alimentaires (Belot 2013). Dans les écolo-crèches, l’absentéisme des personnels et des enfants diminue, il y a moins de bronchiolites. Des pneumologues ont découvert qu’ils sont imprégnés de bisphénol A à des taux élevés, probablement à cause du matériel plastique qu’ils manipulent à longueur de journée. Pour les femmes enceintes et avec les bébés, le CHU de Montpellier a établi toute une série de recommandations simples pour limiter les polluants. Une étude vient d’être publiée sur la pollution par les phtalates dans l’alimentation d’un hôpital à Naples. C’est impressionnant, et ils viennent surtout des emballages plastiques (Cirillo et al. 2013). Un autre exemple récent : dans l’air dans une voiture neuve il y a des quantités impressionnantes de phtalates et il faut 6 mois pour revenir à un taux « normal » (Wang et al. 2012).

Voir par exemple le site Générations Futures

http://www.generations-futures.fr/pesticides/etude-exppert-1-exposition-aux-pesticides-perturbateurs-endocriniens/


André Cicolella, président du RES, a rappelé que le Plan National Santé Environnement sera mis en place par le gouvernement probablement en juin, c’est une avancée positive. Dans ce plan, la lutte contre les Perturbateurs Endocriniens (PE) sera un enjeu pour les générations futures. Il ne faut pas oublier que l’augmentation de la durée de vie cache une croissance spectaculaire des affections longue durée (= maladies chroniques, 15% de la population en France !) depuis 20 ans et que l’espérance de vie en bonne santé diminue. Selon Stéphane Foucart, le journaliste du Monde, l’augmentation de l’espérance de vie est une illusion : elle est basée sur l’espérance de vie de la génération des retraités actuels qui n’ont pas connu la pollution (Foucart 2013) (p.14 ).


Les effets transgénérationnels des PE : on a montré que les bisphénol A et le fameux distilbène (DES) ont des effets transmis à la deuxième génération. Cela est possible par des mécanismes épigénétiques que l’on commence à connaître : méthylation de l’ADN, modification des histones, ARN non codants qui archivent la mémoire des effets environnementaux. En fait, les PE agissent sur plusieurs centaines de gènes et se comportent comme de véritables bombes à retardement. Les périodes embryonnaire et postnatale sont particulièrement sensibles à ces effets.

Gilles Nalbone, chercheur émérite de l’INSERM à Marseille, est un toxicologue qui a dénoncé les erreurs de la toxicologie classique (« la dose fait le poison ») avec la DJA (Dose Journalière Admissible) ou la LMR (Limite Maximale de Résidus de pesticides pour les produits alimentaires dans l’Union Européenne) qui ne s’appliquent pas aux PE. En effet, ces substances peuvent agir à des doses infinitésimales et non à de fortes doses. La DJA du bisphénol A est de 50 microgrammes par kg alors qu’à des doses un million de fois plus faibles il agit comme PE sur les animaux. En plus leurs effets s’ajoutent, et il faut penser autrement (0 + 0 + 0 = 60) car on a un effet cocktail dangereux (voir (Robin 2011)). Le bisphénol A illustre bien les défaillances de la toxicologie actuelle (la dose fait le poison) qui doit être remise en cause comme le dit bien Le Monde du 13 avril (Foucart 2013). Nous avons tous entre 40 et 50 PE dans notre corps, sur 870 produits référencés comme PE dans la liste établie en 2011 (TEDX 2011). Ils agissent non seulement leurres des hormones stéroïdiennes (gonades, thyroïde) mais aussi sur tous les organes sous régulation endocrine (foie, cerveau, cœur, tissu adipeux aussi – d’où les conséquences sur l’obésité).

 

Le représentant du RES (Réseau Environnement Santé) a présenté les actions au niveau européen : le réseau EDC Free (Stop Hormone Disrupting Signals, en anglais les PE sont les EDC Endocrine Disrupting Signals http://www.edc-free-europe.org/). Le 14 mars 2013 le Parlement Européen a adopté le rapport Westlund sur la « Protection of public health from endocrine disrupting chemicals (EDCs) ».

Image du film du Danish Ecological Council ‘Hazardous Chemicals in our Blood’
sur le site EDC Free

Le député qui va remplacer Gérard Bapt à la présidence de la commission environnement – santé a posé le problème des produits de substitution : quand un produit devient interdit, il est remplacé par d’autres dont on ne connaît en général que peu de choses sinon rien. C’est ainsi que les tickets de caisse « sans bisphénol A » contiennent d’autres substance dont d’autres bisphénols comme le bisphénol S non réglementé et peut-être encore plus dangereux. La revue « 60 Millions de consommateurs » a signalé que des téréphtalates dont on ne connaît rien de la toxicité ont remplacé les phtalates habituels dans les sex-toys (N'Sondé 2013). J’ai personnellement observé la même chose avec les jouets en plastique pour enfants comme le fameux petit canard importé de Chine qui n’a plus les phtalates classiques, mais des téréphtalates (comme le di(2-éthylhexyl) téréphthalate DEHTP) qui se fixent aussi très vite sur les fourmis. Ce produit n’est pas classé comme phtalate et pourtant il est basé sur le même noyau cyclique. Il n’est pas dans la TEDX liste des perturbateurs endocriniens. Pour ce qui concerne les nouveaux bisphénols, l’Anses considère que « la structure chimique commune aux composés de la famille des bisphénols leur confère des propriétés œstrogéniques » ; « tout ce qu’il faut pour faire un perturbateur endocrinien » selon (Benkimoun and Foucart 2013).

Alain Lenoir

Petite info : le cheese-burger est passé en 20 ans de 300 à 600 calories (idem pour le café/croissant à Paris).

Références
Belot, L. (2013). Alimentation : face aux doutes, les internautes s'organisent. Le Monde. 16 avril. p. 12.
Benkimoun, P. and S. Foucart (2013). Bisphénol A et cancer : les preuves d'accumulent. Le Monde: 7.
Cirillo, T., E. Fasano, et al. (2013). Di(2-ethylhexyl)phthalate (DEHP) and di-n-butylphthalate (DBP) exposure through diet in hospital patients. Food and Chemical Toxicology 51(0): 434-438.
Foucart, S. (2013). Biphénol A. Les toxicologues mis au défi. Le Monde Science & Techno: 4-5.
Foucart, S. (2013). La fabrique du mensonge, Denoël.
N'Sondé, V. (2013). Les sex toys présentent-ils des risques pour la santé ? 60 millions de consommateurs: 28-29.
Robin, M.-M. (2011). Notre poison quotidien, La Découverte - Arte Editions.
TEDX (2011). TEDX list of potential endocrine disruptors
Wang, W. X., Y. L. Zhang, et al. (2012). Distributions of phthalic esters carried by total suspended particulates in Nanjing, China. Environmental Monitoring and Assessment 184(11): 6789-6798.